«

»

Nov 04 2013

Troisième Révolution Industrielle : de l’utopie à la trajectoire 3/4

La démarche initiée depuis un an en région autour des idées de Rifkin a le mérite d’avoir fédéré les idées et créé une synergie entre les différents acteurs. L’enthousiasme manifesté, en dernier lieu par les 2 500 participants du show du « prophète » au Nouveau Siècle le 25 octobre, est le signe d’une énergie et d’une envie incontestables qu’il conviendra de ne pas laisser retomber au fil du temps.

Toutefois, tout le monde ne partage pas cet enthousiasme et certaines critiques des idées de Rifkin s’expriment de façon argumentée.

Ainsi Les Échos salue « un réel effet d’entraînement et une dynamique collective que la région compte bien relayer » tout en reconnaissant que le Master Plan « frise l’utopie ».  « Même si son plan n’est pas tout à fait abouti, il offre une perspective. Il est audible par les gens. Il créé un espoir, du désir » souligne Jean-François Caron. « Le charisme de Rifkin a réussi à  regrouper les forces vives du Nord-Pas de Calais » confirme Daniel Percheron.

Selon Nord Littoral  « pour que cette troisième révolution industrielle se réalise, il faudra une volonté sans faille des élus de la région, mais aussi que chacun s’approprie ce projet et que toute la région travaille dans le même sens ».

« La troisième révolution industrielle est aussi une révolution juridique, législative. Hors la région n’est pas l’État. Comment pourra-t-elle faire bouger les lois ? » interroge le site vertdurable.com .

Les critiques les plus argumentées viennent d’universitaires ou de scientifiques. C’est la cas notamment  d’Amar Bellal (spécialiste des enjeux d’énergie et d’environnement) avec son article Jérémy Rifkin, le nouveau prophète de l’énergie et de l’industrie : décryptage d’un phénomène, de Bertrand Cassoret (enseignant chercheur) qui a publié Jeremy Rifkin plaît beaucoup, mais il maîtrise mal ce dont il parle et J. Rifkin et l’utopie de la troisième révolution industrielle ou de Jean Gadrey (Professeur honoraire d’économie à l’Université Lille 1) avec ses trois billets Jeremy Rifkin, le gourou du gotha européen (soulignant l’absence de l’économie circulaire et de l’économie de la fonctionnalité).

Il conviendra de se reporter à chacun de ces articles pour prendre connaissances des arguments détaillés qu’il est impossible de résumer. Toutefois il convient de noter que ces critiques portent sur le livre de Rifkin et non sur le Master Plan. Seul Bertrand Cassoret a révisé son point de vue après la publication du Master Plan, reconnaissant qu’il est « beaucoup plus intéressant que le livre » et constatant que « les mesures annoncées les plus importantes, à savoir l’efficacité énergétique et l’isolation des logements, ne sont pas dans le livre de Jérémy Rifkin ! ».  Cela démontre que la contribution de l’équipe de projet à la formulation finale du Master Plan n’a pas été vaine. Remarquons que, par la volonté de l’équipe régionale du projet, le Master Plan ajoute également aux cinq piliers de Rifkin l’économie circulaire et de l’économie de la fonctionnalité. Ainsi le Master Plan, co-produit par la région, corrige certaines insuffisances du livre de Rifkin. Ces corrections constituent une réelle valeur ajoutée. Elles proviennent directement du retour d’expérience d’une vingtaine d’années de tentatives diverses régionales. Ceci justifie l’observation de Jean-François Caron déclarant que « la région doit beaucoup à Rifkin, mais Rifkin doit aussi beaucoup à la région ». On est ainsi passé d’un livre aux utopies certaines à une trajectoire possible en région.

En faisant le choix d’une démarche expérimentale l’équipe du projet a certainement vu juste, mais ceci n’éteindra pas le débat d’idées. On aimerait qu’il s’éloigne désormais du livre et se focalise sur le Master Plan dont le déroulement aura peu droit à l’erreur. Rifkin reconnait que « c’est facile de faire un plan, mais c’est une énorme responsabilité » et ajoute « Votre région a une responsabilité nationale et européenne en devenant son premier grand laboratoire test, grandeur nature« . Autant dire que le Nord-Pas de Calais est désormais considéré comme un laboratoire de la transition énergétique. Chaque succès sera observé tout comme la moindre erreur. Désormais la place est aux réalisations et à leur bon ordonnancement. Et cela c’est une autre histoire sur laquelle nous reviendrons dans le dernier billet de cette série.